CultureLe Portrait

Noël X. EBONY, un inconnu célèbre.

Aux États-Unis, les journalistes sont distingués par le prix Pulitzer, en Angleterre par le prix GeorgeOrwell et en France par le prix Albert-Londres. Au Burkina Faso, le prix Norbert Zongo récompense le meilleur journaliste africain d’investigation et en Côte d’Ivoire, chaque année, le meilleur journaliste du pays reçoit le prix Ebony. Pour l’édition 2020 qui s’est tenue les 22,23 et 24 janvier dernier à Yamoussoukro, le graal est revenu à Marcelle Akissi Aka, journaliste au quotidien « L’inter« .

Partout dans le monde, les prix dédiés et décernés aux journalistes portent généralement le nom d’hommes illustres du métier. Noël X. Ebony est fait de ce bois là. Son nom ou plutôt son pseudonyme résonne comme le plus précieux sésame pour les journalistes ivoiriens. Il est l’un des noms les plus connus du pays mais paradoxalement, il est l’un des hommes les plus mal connus. Si nul ignore le prix Ebony, peu savent qui se cache derrière ce nom. Sa vie et son œuvre sont comme écrasés par son nom. 

Qui est donc EBONY ?

C’est en 1950 que naît Noël Essy KOUAME à Tanokoffikro, une bourgade paisible, situé dans la sous-préfecture de Koun-Fao, dans le grand Est ivoirien. Son père est le fondateur de ce village et sa mère est descendante d’une grande famille royale. Noël Essy KOUAME est donc d’une lignée noble. Éduqué dans la stricte tradition Akan, il montre très tôt une liberté d’esprit et un anticonformisme qui fait grincer les dents de son paternel. À 16 ans, l’élève plutôt moyen qu’il est, interrompt ses études en classe de 4ème. Lassé par les cours, il a envie d’autres choses, d’autres aventures. Les cours dispensés à l’école l’ennuient et la discipline spartiate qu’exige de lui les enseignants l’agace. Ni une, ni deux, il jette son cartable et l’uniforme scolaire, prend son baluchon et se lance à l’aventure. Il veut découvrir le monde autrement que dans les manuels scolaires. Fini l’école académique. Commence l’école de la vie. Il va empiler les petits boulots pour vivre. Ainsi, il sera tour à tour disc-jokey à Abidjan, puis de vendeur de disques au Ghana. Il cherche sa voie. Il va la trouver en 1973. Il a alors 23 ans et par un heureux concours de circonstances, il fait la rencontre de Laurent Dona Fologo sur la recommandation de qui, il intègre le prestigieux Centre d’études des sciences et techniques de l’information de Dakar (CESTI), au Sénégal, où il vivra jusqu’en 1976. À la fin de sa formation, il part en France pour un stage de six mois puis au Canada pour trois mois. Le métier de journaliste semble être fait pour lui. Tout le séduit.  Noël.X.Ebony aime l’aventure et quel métier plus que le journalisme peut combler cette soif d’aventure, cette bougeotte quasi maladive, ce besoin constant d’aller, de voyager, de se frotter aux autres, de faire commerce avec les démunis le matin et tutoyer les puissants le soir ?

Assez vite, Noël X.Ebony se positionne comme un journaliste atypique. D’abord par la qualité de sa plume, par son indépendance d’esprit et une honnêteté sans borne dans l’exposition des faits. En 1979, trois ans à peine qu’il exerce que Noël. X. Ebony publie un article jugé impertinent (dans la double acception du mot) à l’encontre du président Félix Houphouët-Boigny. C’est l’époque du parti unique et il n’est guère prudent d’avoir une voix dissonante, des propos discordants.

Le climat est au conformisme servile, aux discours convenus, aux félicitations systématiques, aux courbettes empressées et aux éloges lyriques. On n’aime point les pourfendeurs, les détracteurs, les empêcheurs de tourner en rond. Ce qu’on préfère, ce sont les laudateurs, les zélateurs, les béni-oui-oui. Mais Noël. X. Ebony n’a pas l’âme d’un larbin. Chatouilleux, l’entourage du révéré chef de l’Etat se vexe et fait subir à l’impertinent de nombreuses tracasseries policières. De guerre lasse, il part en exil. En 1984, après une errance entre Londres et Paris, il s’installe au Sénégal. Le 22 juillet 1986, il meurt dans un accident de voiture à Dakar, dans des circonstances troublantes.

Outre une période passée au Ministère de l’Environnement de la Côte d’Ivoire, Noël X. Ebony a consacré l’essentiel de sa vie professionnelle au journalisme, au quotidien ivoirien Fraternité Matin, puis comme correspondant pour l’Afrique de l’Ouest du mensuel Demain l’Afrique, enfin à la rédaction en chef du mensuel Africa International. Noël. X. Ebony aimait le terrain. Il aimait toucher les réalités du doigt avant de les coucher sur du papier. Les enquêtes, les reportages, la confrontation avec le réel pour d’une manière ou d’une autre remuer les a priori, faire surgir une dimension sous-estimée, éclairer la réalité de manière nouvelle et prendre à rebrousse-poil les idées reçues. C’était l’enjeu du journalisme tel qu’il le concevait.

Noël. X. Ebony incarnait tout ce qu’il y a de noble dans la profession. C’était une pensée affûtée, une écriture affinée et une plume aiguisée qu’il n’hésitait pas à tremper dans la plaie : là où ça fait mal.  Outre sa boulimie pour la lecture qui lui a donné une culture générale considérable, Noël. X. Ebony était aussi un homme d’une grande indépendance d’esprit, un culot hors du commun, une honnêteté scrupuleuse dans le traitement de l’information, une curiosité qui frisait l’obsession et un talent d’écriture indéniable. Six qualités qui lui valent aujourd’hui d’être considéré comme l’un des meilleurs journalistes de la Côte d’Ivoire.

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