Le DossierSport

Centre de formation de football, l’école des champions.

7 février 1999, les ivoiriens assistent subjugués à un spectacle inédit. De frêles adolescents, sur qui le maillot jaune et noir de l’Asec d’Abidjan paraît trop grand, infligent une correction à l’Espérance de Tunis, meilleur Club de football d’Afrique de l’époque.Grand pont, passement de jambes, petit pont, feinte de corps. Le ballon flotte, prend de la vitesse, change de trajectoire, les passes sont vrillées et les frappes liftées. Ce n’est pas une finale de football. C’est le récital de petits génies. La prestation d’êtres bénis par les mânes. L’œuvre de virtuoses du ballon rond.

L’instant d’un match de football, les dieux du football, élisent domicile sur les terres ivoiriennes.

Le match va se solder par un score de 3 buts à 1 en faveur de l’Asec d’Abidjan. La foule en délire, jubile et exulte. C’est la liesse. Mahjoub Faouzi, journaliste sportif tunisien de renom s’écrira « Après un tel match, je peux prendre ma retraite ». Une prestation restée à jamais gravée dans les annales du football.

Des gamins inconnus du grand public, redonnaient ainsi au football toutes ses lettres de noblesse.

D’où venaient-ils ?

Le français, Jean-Marc Guillou ancien capitaine de l’équipe de France et brillant technicien, mûri le rêve de former une équipe, mais pas n’importe laquelle. En Europe, son projet n’enchante personne. Jean Marc Guillou est un frondeur dans l’âme, un anticonformiste, un insubordonné, un rebelle. À cause de son fort caractère, il n’a pu avoir la carrière à laquelle le disposait son talent. Et personne n’est disposé à collaborer avec cet empêcheur de tourner en rond.

Entêté, convaincu de son idée, il décide malgré tout de réaliser son rêve.

Mais où ?

Un ami va lui suggérer l’idée de l’Afrique. Sans attendre, Jean-Marc Guillou s’envole pour la Côte d’Ivoire. Dès qu’il pose ses valises sur les bords de la lagune Ébrié, il prend langue avec les dirigeants de l’Asec d’Abidjan. Ceux-ci acceptent de mener l’aventure avec lui. Nous sommes en 1993.

Le projet de Jean-Marc Guillou ne consiste pas qu’à former de bons footballeurs. Il veut former, des artistes du ballon rond. Nostalgique de l’époque qui a enfanté Garrincha, Pélé, Zico, Johan Cruyff, Maradona, Platini et tutti quanti, Jean Marc Guillou a une philosophie du jeu qui relève de l’esthétique. Il ne conçoit le foot que lorsqu’il est beau. Pour lui, un match de football est d’abord un moment de plaisir, des instants de jubilation. Il préfère la technique au physique, le jeu à l’enjeu, la finesse à l’endurance, la beauté du geste à la puissance. Son enseignement est à rebours de tout ce qu’on dispense dans les écoles de football.

Dans le secret, pendant 6 longues années, Jean Marc Guillou va former, forger et façonner les gamins qu’il a recruté dans les quartiers populaires d’Abidjan. 

Ce sont eux qui des années plus tard deviendront les stars adulées de tous et joueront sur les pelouses des plus grands stades d’Europe. La réussite de l’académie de l’Asec d’Abidjan va faire des émules, inciter à la création de centres de formation tous azimut. Ainsi, plusieurs centaines de centres de formation dédiés au football verront à Abidjan et à l’intérieur du pays. Professionnels du football, amateurs, hommes d’affaires, femmes, hommes, vont se mettre à l’idée de dupliquer l’exemple Guillou. Nombreux sont ceux qui vont se heurter à la dure réalité du terrain.

Sans méthode de travail, sans vision, sans le personnel adéquat et sans les moyens financiers nécessaires, aucun des centres de formation qui ont essaimé n’a pu réaliser ni même approcher l’œuvre de Jean-Marc Guillou. Certes, quelques centres de formation ont pu former des joueurs de grandes classes. Mais le pourcentage est tellement dérisoire et insignifiant, qu’on ne peut objectivement pas parler de réussites. 

Les raisons sont multiples. D’abord, les infrastructures pour accueillir les gamins. Il n’y en a presque pas. La plupart des centres dits de formation font jouer les gamins sur les terrains vagues des quartiers. Ils ne disposent pas de centres d’hébergement et quand ils en existent, les coûts que doivent supporter les parents sont très élevés. Ensuite, les moyens financiers pour soutenir l’encadrement sur plusieurs années. Former des enfants pendant plusieurs années nécessite des moyens importants. Il faut les nourrir, les blanchir, les soigner, assurer l’éducation sportive et intellectuelle… Tant de choses qui exigent beaucoup de moyens. Faute d’un personnel d’encadrement qualifié, les gamins des centres de formation désapprennent.

Enfin, la vision. Si Jean Marc Guillou a pu réussir son projet, c’est parce qu’il a pensé. Il l’a conceptualisé, théorisé puis a cherché les moyens pour le réaliser. Guillou est un logicien du football, un mathématicien du ballon rond, dont la façon de travailler ressemble à la composition de théorèmes. L’exigence du haut niveau qui passe par la rigueur, la discipline, la méthode et les moyens financiers ne s’accommode pas des approximations.

Si l’équipe nationale de football de la Côte d’Ivoire a occupé les premiers rangs pendant plus d’une décennie et si elle a pu remporter la CAN en 2015, elle le doit en grande partie à l’académie de l’Asec d’Abidjan. C’est dans le groupe formé par Jean-Marc Guillou que l’équipe nationale a puisé l’essentiel de son effectif. Celui-ci constituait son ossature, sa colonne vertébrale.

 Par son taux de réussite, l’académie de l’Asec d’Abidjan fut la polytechnique du football, le haward des footballeurs ivoirien.

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